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Histoire des patrons... Du paternalisme à la financiarisation

  • 16 nov. 2016
  • 18 min de lecture

Au XIXè siècle, les patrons sont les seigneurs, tout puissants, ils fixent les conditions de travail. L’état n’a pas sa place dans l’entreprise, les patrons achètent le travail aux employés. Ils s’impliquent aussi dans la politique. Par exemple, M. Schneider, qui achète les forges du Creusot, est député et ami de Napoléon III. Il va construire un véritable empire industriel.

Avant la crise de 1973

De 1880 à 1913

Ils embauchent et licencient à leur guise, le travail s’achète à la tâche et les salaires sont minimes, en effet « si on les pait trop, ils vont boire » … Mais, s’ils vont boire, c’est peut-être qu’ils n’ont pas d’avenir… Certains patrons reviennent alors sur leur position pensant qu’en leur donnant un avenir, les ouvriers changeront. Il apparaît alors un changement de paradigme avec la naissance du paternalisme : « échange protection contre soumission ».


Les Blin, propriétaires d’usine textile en Normandie considèrent qu’ils sont responsables du bien-être de leurs employés : « l’usine est composée d’une grande famille ! ». Le grand patron devient le père des ouvriers, on voit alors la naissance des sociétés mutuelles qui encadrent la vie des ouvriers, pour les loisirs par exemple. Il s’organise une forme de solidarité entre les ouvriers et le patron, à charge pour le patron de veiller au développement et au bien-être moral et physique des ouvriers.


Cependant, la relation est ambiguë… Il y a un soutien d’une partie des salariés et une forme de résistance d’une autre partie, c’est le moment où commence à s’officialiser les premiers syndicats.


Dès 1880, les patrons découvrent la lutte des classes. L’Etat commence à écouter les ouvriers et beaucoup de patrons se rebiffent. Le monde ouvrier cherche à s’émanciper. Il y a percée des idées socialistes, l’état met en place des lois qui donnent de plus en plus de pouvoir aux ouvriers : se regrouper pour défendre leurs intérêts par exemple. Pour certains patrons, l’ouvrier peut être attiré par « les mauvaises idées », ils mettent alors sous contrôle le monde ouvrier en soumettant et en moralisant la classe ouvrière. Chez Schneider, on s’appuie sur l’Eglise et sur la délation (dénoncer les ouvriers au premier soupçon de contestation). C’est l’application du fameux « diviser pour mieux régner ».


En effet, les patrons ont peur que les syndicats, qui s’organisent, puisse se fédérer et faire pression à l’échelle nationale sur les décideurs politiques. L’état et la législation ne doivent pas être à la porte de l’entreprise.


La première grande loi sociale est la loi sur les accidents du travail, en 1898, elle met un temps infini à être mise en place : les patrons font tout pour empêcher le vote de cette loi. Ils commencent à s’organiser (premier comité des forges, sous la monarchie de juillet), ils s’appuient sur les relais politiques ou sur l’influence individuelle de certains d’entre eux.

​​« De quel droit interdire à un ouvrier de travailler plus parce que sa femme est malade ? ». « Ce sera impossible de lutter contre la concurrence étrangère si la loi nous oblige à payer un salaire minimum ». Ils gagnent la partie. L’état est maintenu en dehors des entreprises.


Arrive la « Belle Epoque », avec une de ses figures : Louis Renault. Patron dur et ferme avec les organisations syndicales. Il menace de fermer l’usine pendant les grèves de 1913, de délocaliser l’usine à l’étranger. Il ferme son usine et ouvre de nouveau lorsque les grévistes sont épuisés. Mais, il est aussi un patron social, il s’investit dans les loisirs des ouvriers, qui doivent récupérer des forces…


Le patron du XIXè est inflexible dès qu’il sent que son pouvoir absolu est menacé. Que ce soit sur les salaires ou le temps de travail, il ne cède ou ne pactise sur rien.

1914 à 1935

La main d’œuvre et les matières premières sont rares pendant la guerre et beaucoup d’entreprises ferment ; cependant l’état a besoin d’armement et de fournitures, il commande en masse et paie bien. Pour certains, la guerre est donc une bonne affaire : chez Schneider c’est l’intégration verticale ! On adapte les savoir-faire, les technologies et les marchés du groupe aux demandes.


En 1913, Renault a 4000 ouvriers et en 1918 il en a 20 000. La première guerre mondiale transforme Renault et fait de Louis Renault un industriel de référence. La guerre oblige l’Etat, les patrons et les syndicats à collaborer et ces réunions vont réconcilier le patronat avec l’Etat.


La reconstruction de l’après-guerre, les dettes de guerre, l’inflation, la révolution russe alarment le patronat. Ils ont besoin d’influer sur l’Etat pour combattre les forces de gauche. C’est la naissance du premier grand syndicat patronal : la Confédération générale de la production française, en 1919. Ils doivent répondre collectivement à une demande sociale, sur les salaires, la durée du travail, de nouvelles conditions de travail, exigés de plus en plus par le prolétariat.


En octobre 1929, la bourse de New York s’effondre… En France, si la crise est tardive, elle va durer. Devant la chute des ventes, le patron licencie. Il faut baisser les coûts, les salariés à basse qualification sont licenciés en premier et pour les ouvriers les plus qualifiés, les salaires baissent.


Un certain nombre de patrons prépare l’avenir, principalement dans les grandes entreprises. Certains s’intéressent à tout ce qui vient d’outre atlantique. On découvre les méthodes de production américaine : la standardisation. Les méthodes tayloriennes arrivent en France. Pour augmenter la productivité, l’organisation même du travail se modifie, se rationalise. On surprime les temps mort en se calant sur ce que peut faire un ouvrier moyen. On chronomètre les gestes, on essaie de les décomposer. Une tâche qui était confiée à un ouvrier qualifié, qui était un peu maître de son affaire et qu’on pouvait difficilement manœuvrer, va être confiée à plusieurs qui vont faire un segment de sa tâche et produire globalement plus vite que lui. Les rendements grimpent de façon spectaculaire. Les patrons sont satisfaits, mais le travail se dégrade. La nouvelle organisation impose des tâches répétitives et le mécontentement ouvrier s’accentue.


1936 à 1939

Victoire de la gauche, avec Léon Blum. Dans toute la France, les salariés cessent le travail et occupent les entreprises. Pour la première fois, le patronat ne peut plus compter sur la protection de l’Etat.


1936 voit l’irruption de l’ouvrier collectif. La main d’œuvre se mobilise massivement avec de grandes grèves et occupation des usines ! Et, pour la première fois, cette pression, exercée par les ouvriers, débouche sur des réformes. L’Etat accorde une place aux revendications ouvrières : signature des Accord de Matignon, avec majoration de 12 % des salaires, la semaine de 40 heures et 15 jours de congés payés.

Les travailleurs n’obéissent plus à leur chef, il y a une perte de prestige et du pouvoir absolu du patron, ce qui engendre des problèmes de rapports sociaux dans les entreprises. Renault se voit obligé de négocier avec les travailleurs et se considère prisonnier dans son entreprise. L’usine va jusqu’à financer des groupes d’extrême droite pour lutter contre les organisations de gauche et d’extrême gauche et développe ses propres œuvres sociales, contre celles développées par les syndicats. En 1938, elle prépare une épreuve de force, qui va conduire à une grande grève en novembre 38, à la suite de laquelle 2000 ouvriers ne sont pas ré embauchés (tous dirigeants de la CGT et du parti communiste).

A la suite de ces événements va aussi se forcer une identité : le petit patronat et la Confédération Nationale de la Production Française change de nom et devient la Confédération Générale du Patronat Français auquel se joint un mouvement : le Comité de Prévoyance et d’Action Sociale, arme des patrons contre la politique du Front Populaire, financé par des organisations patronales qui se propose de lutter contre la politique de l’été 36.


La guerre qui s’annonce n’arrange rien.


1939 – 1945


22 juin 40, signature de l’armistice. La France est occupée et l’Allemagne s’appuie sur les entreprises françaises pour continuer la guerre. Les nazis prennent possession de l’usine du Creusot. Les Schneider font fonctionner les usines, sans s’engager dans la collaboration en trouvant en équilibre pour continuer à faire fonctionner les usines tout en ne collaborant pas.


Renault est partisan d’une entente économique et politique avec l’Allemagne. Il n’aide pas la Résistance. Les patrons font en sorte que leurs entreprises prospèrent ou survivent.


A la libération, s’il y a une épuration du patronat collaborationniste, mais est incomplète. Par contre, Louis Renault est emprisonné pour collaboration et ses usines sont nationalisées.


1945 – 1957

Un nouveau monde est en train de naître : nationalisation de grandes industries et de certaines banques, contrôle des prix et des salaires ainsi que du crédit : interventionnisme résolu !


Naissance des retraites, de la Sécurité Sociale : c’est l’Etat Providence. C’est la logique Keynésienne. De meilleurs revenus changent les salariés en clients, ce qui fait tourner les entreprises. C’est le cercle vertueux de la croissance. Les entreprises se modernisent pour augmenter la productivité, qui devient nécessaire vu l’augmentation des salaires. Mais moderniser coûte cher : l’Etat propose des prêts intéressants aux entreprises à cet effet. Tout cela est rendu possible grâce au plan Marshall (aide américaine). Les syndicats se voient concéder une vraie place et les patrons découvrent la liberté surveillée. La majorité en place est partisante d’une reprise en main de l’économie par l’Etat. Les patrons français ne pouvaient pas lutter, d’autant plus, qu’ils étaient quelque peu pris au piège par l’idée qu’on se faisait de leur rôle pendant la guerre.


Le patronat doit non seulement se moderniser mais aussi supporter la présence des syndicats. Un accord entre les politiques, le patronat et les grands syndicats voit le jour : consensus productiviste. Le patronat accorde toutes les avancées, mais demande en échange un effort de productivité.


Croissance et consommation de masse s’entretiennent. Les entreprises se complexifient. Une nouvelle classe d’employés apparaît alors, sortie des grandes écoles : les managers, sorte d’élite patronale, bien souvent passée par l’ENA (créé à la Libération), qui passe par l’administration et arrive dans les conseils d’administration des grandes entreprises.


Pierre Dreyfus est nommé en 1955 à la tête de la Régie Renault, issu de la haute fonction publique, il est ancien résistant et futur ministre. Pour lui, Renault n’était pas une entreprise comme les autres. Ses objectifs étaient d’intérêt général et non purement capitaliste : croissance, accroissement des exportations et progrès social.


Mais, ces hauts fonctionnaires partent dans les entreprises privées et diffusent plutôt les valeurs des entreprises privées dans les rouages de l’Etat que le contraire.


1957 – 1975

L’interventionnisme de l’Etat va être remis en cause. Le patronat prospère : le marché est favorable, ventes dans les colonies et espace national protégé. Mais cet ordre va voler en éclat du fait de la décolonisation et de la construction européenne. Le traité de Rome (Europe des 6) mène à une baisse des tarifs douaniers. Les entreprises françaises vont devoir se réorienter, elles basculent dans un univers de concurrence, mais accèdent, de par la synergie européenne, à un marché plus porteur. Elles doivent s’adapter, avec des produits de qualité pour convaincre les acheteurs de différents pays.

Pour les patrons, il faut anticiper les grands enjeux européens, pour l’Etat, on met en place des entreprises « champion » : dans chaque grand secteur, une entreprise française doit être leader mondial et l’Etat contribue à cette ambition. Mais, il faut compter sur des investisseurs étrangers… Ce qui est nouveau… A la mort de Schneider, sans héritier, le groupe devient propriété d’un investisseur belge : le Baron Empain.


​​Avec l’Europe, l’Etat contrôle moins l’économie. De plus, la guerre avec les syndicats repart de plus belle, il faut économiser de tous les bords, et d’abord sur les salaires : les rapports sociaux ne sont pas terribles. Le monde du travail s’immobilise et la tension éclate en mai 68, avec une grève générale de plusieurs semaines qui paralyse le pays. Le patronat est ébranlé par Mai 68. Il faut mettre l’économie au service de l’homme, qui est broyé par la machine actuellement par cette course industrielle et le jeune patron souhaite que l’homme soit remis à sa vraie place, c’est à dire, la première. (Centre des jeunes patrons).

Pour la première fois, le CNPF négocie avec les syndicats et signe des accords. En 1969, accord sur les licenciements collectifs qui introduit une procédure à l’intérieur des entreprises, discussions sur les conditions de travail qui abordent des problèmes concrets à l’intérieur de l’entreprise.


1973 : crise économique, le prix du pétrole est multiplié par 4, le chômage grimpe, l’inflation est au plus haut. Les politiques économiques traditionnelles sont impuissantes. Les entreprises vont mal, les patrons se réunissent. La réponse à la crise n’existe pas, les salaires continuent d’augmenter, ce qui engendre d’une part une chute des profits et d’autre part une inflation par l’augmentation des prix de vente. Les patrons sont accusés d’être les responsables de l’inflation, donc, de la crise. Mais pour eux, c’est l’Etat qui est en cause, avec ses interventions inefficaces. C’est un moment favorable, pour les patrons, pour remettre en question les contraintes de l’Etat Providence : cette crise capitaliste est présentée, par le patronat français comme une crise de l’Etat Providence et explique l’évolution vers le néo libéralisme, qui devient l’idéologie dominante dans les années 80.


C’est la fin des 30 Glorieuses.


Finis les compromis avec l’Etat et les salariés… « Qu’on nous laisse entreprendre en toute liberté et tout ira bien pour tous ».


Qui peut imaginer les évolutions qui attendent le capitalisme libéral ?


Jusqu’en 73, et sous la pression de l’état, les patrons avaient concédé aux employés sur les salaires et les conditions de travail. Aujourd’hui, le stress règne, les patrons vissent les salaires, exigent toujours plus, délocalisent, licencient… Ils règnent en maître, y compris sur les états.


Mais, ils ont fort à faire avec une nouvelle puissance : le monde de la finance. En 25 ans, c’est un bouleversement sans précédent… Comment en est-on arrivé là ?

Du début des années 80 à aujourd’hui, on pourrait raconter ainsi l’histoire des patrons…

Vers le Libéralisme


Election de François Mitterrand en 1981 : les français ont choisi l’augmentation du SMIC, les 39 heures, les nationalisations… Bref, davantage de contrôle de l’état sur les entreprises, ce qui provoque une grosse terreur des patrons, se déclinant en création de holdings au Luxembourg, argent placé en Suisse ou au Luxembourg, émigration aux Etats Unis (Bernard Arnault). Cette panique dure au moins 6 moins, c'est la peur d’un gouvernement socialo-communiste.

A la même époque, c’est la révolution libérale qui se met en marche aux Etats-Unis et en Angleterre (R. Reagan et M. Thatcher) : en économie il n’est qu’une seule vérité : le marché ! Il faut réduire le rôle de l’état et privatiser, lutter contre les syndicats, baisser les impôts des plus riches, déréglementer la finance. Ces nouvelles règles libérales vont être imposées à l’économie mondiale. La France socialiste est à contre-courant et le patronat grogne. Yvon Gattaz demande la liberté de vivre… Les patrons vont être exhaussés. La relance de 1981 butte sur l’environnement international. F. Mitterrand choisit l’Europe et s’aligne sur la politique économique de ses voisins.


Virage à 180° vers le libéralisme.

L’Etat au chevet de l’entreprise

Il faut réduire les charges des entreprises et soutenir leur restructuration. Car, après 10 ans de crise, même des entreprises longtemps prospères sont au bord du gouffre. Pour survivre, il faut être rentable. Et quand la liberté l’exige, on licencie. Même chez Renault. Georges Besse, à son arrivée chez Renault, a cette phrase : « notre métier, c’est gagner de l’argent en vendant des voitures de qualité et qui plaisent ». Il faut donc monter en productivité, tout en sachant qu’il y aura des conséquences pour l’emploi : - 20 000 emplois sous Georges Besse.


Schneider perd 30 000 emplois, vend les chantiers navals, Le Creusot, la machine-outil… Il ne garde que le secteur électrique.


La seule règle de l’Europe (85) : la concurrence

L'objectif de l’Europe est un grand marché seulement régulé par la concurrence. Alors oui, peut être que la gauche française a préservé l’Europe, mais elle n’a pas su la rendre sociale, car, du côté du patronat, l’exigence de compétitivité augmente. Il faut des géants, capables de créer des synergies sur l’Europe et de s’implanter sur les marchés européens.

Arrivée de la bourse (85)

Sous le gouvernement Bérégovoy, c'est la déréglementation du système financier : les patrons iront directement en bourse lever de l’argent et « ils pourront se financier comme jamais auparavant ». Mais, en même temps, la finance met le pied dans l’entreprise et l’Etat incite les petits épargnant à jouer en bourse. La libéralisation financière permet de se financer en émettant des titres sur les marchés, les entreprises vont donc s’émanciper des banques et de l’Etat.


1986 voit la première cohabitation et la privatisation de Saint Gaubain. Lors des privatisations, E. Balladur réserve d’importants bloc d’actions à des entreprises françaises. En fait, beaucoup de grands groupes français sont actionnaires les uns des autres, ce qui les protège des assauts des groupes étrangers. Il s’agit là d’une tentative de préserver le « capitalisme à la française », moins sauvage que le grand frère anglo-saxon.

Les grands patrons à l’assaut du monde

Puis, c'est la chute du bloc soviétique qui bascule dans le capitalisme. L’idéologie libérale domine alors sans partage et c’est la mondialisation qui pointe son nez. Naissance d'un nouveau paradigme patronal : devenir mondial pour baisser les coûts. C’est la naissance de l’OMC en janvier 1995, suite aux accords de Marrakech, avec une baisse des droits de douane de 40 %. Les croissances internationales voient le jour : Renault s’implante au Brésil. Ce qui ne l'empêche pas de fermer des usines française à la fin des années 90. Puis, en 1999, la régie rachète Nissan.


AXA et UAP fusionnent avec des conséquences sur l’emploi en France : il faut supprimer les doublons. Il n’y a pas eu de plan social, mais beaucoup de commerciaux (3000) de l’ex UAP ont démissionné, dû à leur mauvaises conditions de travail et proposition de reclassement non acceptable avec changement de rémunération.


Les grands investisseurs à l’assaut des grands patrons

C'est l'arrivée des fonds de pension américains… Et ceux-ci vont imposer une nouvelle logique : travailler exclusivement au service de l’actionnaire. Ils exigent une énorme rentabilité financière de la part des entreprises (15%). Ces investisseurs refusent de rentrer dans des entreprises protégées (comme le sont beaucoup de groupe français) parce que leur influence est limitée. C'est donc la fin des participations croisées dans les années 95 – 97, afin de laisser entrer ces investisseurs. L’entreprise ne cherche plus qu'à maximiser son profit, elle doit faire du 15 % de rentabilité.

Une conséquence : la grande défausse : licencier

Les usines Michelin (1999) voient une hausse de leurs bénéfices, pourtant elles doivent supprimer 7500 emplois car il faut augmenter la productivité et satisfaire l’actionnaire, cela au dépend du salarié. Il en est de même pour Danone (en 2001). Nous parlons alors de « licenciement boursier ».

Sous-traitance

La sous-traitance peut représenter une désintégration des grosses entreprises, qui faisaient tout de A à Z avec un énorme personnel. Elles évaporent donc le personnel qui n’est pas jugé stratégique et nous voyons la naissance de « l’entreprise-réseau ». Nous n’avons donc plus une hiérarchie de managers et salariés, mais une hiérarchie d’entreprises.


Tel est le modèle de production de Schneider Electric :

  • La flexibilité est repoussée vers l’autre, à l’extérieur, engendrant une moindre consommation de capitaux (les investissements sont fait par le sous-traitant).

  • Le donneur d’ordre fait travailler plusieurs sous-traitants sur un projet jusqu’à la production du prototype, mais choisi le moins cher : « T’es le moins cher tu peux travailler ».

Délocalisations

Les années 2000 voient l'irruption des pays émergeants, tels la Chine et l'Inde… Voilà un moyen de produire moins cher… Il faut aussi compter sur l’élargissement de l’Europe vers l’Est, pays plus pauvres que le noyau dure de l’Europe des « 15 », dans lesquels la production peut être délocalisée, et avec libre échange total.


La mondialisation libérale progresse, sans harmonisation sociale ou fiscale entre les pays. Les salariés sont mis en concurrence : licenciement en France pour embaucher dans les pays émergeants. Nous pouvons prendre l'exemple de Renault et la Logane : aller chercher la croissance là où elle se trouve, des pays qui ne sont pas des grands pays automobiles. C’était la base de la voiture à 5000 euro, qui s’est appuyée sur la marque Dacia, marque roumaine en déperdition.


Il y a des changements organisationnels, tels les call center (centre d'appels) par exemple, dans les pays émergeants.

Arrivée du court terme

On ne peut plus aller voir un « financeur » avec un projet qui ne serait rentable que dans les 5 ou 10 ans, avec des risques de pertes sur les premières années. C’est la dictature des bénéfices sur le court terme, la dictature des marchés. Les entreprises deviennent obsédées par la rentabilité à court terme pour les actionnaires.

Les grands patrons sont élus par les actionnaires, il leur est donc difficile de refuser quoi que ce soit, sauf à démissionner ou à être démissionnés. Mais les actionnaires préfèrent utiliser la carotte que le bâton, provoquant une explosion des salaires des grands patrons et des actions gratuites. L'objectif central de l’entreprise étant de créer de la valeur pour l’actionnaire, il faut que les dirigeants aient les mêmes intérêts que les actionnaires...

Pourtant... l'actionnariat familial a du bon...

Cependant, certains groupes ont opté pour un actionnariat familial. Ils montrent une certaine stabilité et ont une stratégie sur le long terme : prenons l'exemple de SEB. Cette entreprise se veut : « Respecter l’homme et participer à son épanouissement, aider à faire progresser ses collaborateurs ».

Seb signe la plus grande acquisition de son histoire

Le groupe d’électroménager s’offre pour 1,7 milliard d’euros le fabricant allemand de matériel de cuisine WMF.

LE MONDE | 23.05.2016 à 15h54 • Mis à jour le 24.05.2016 à 11h01 | Par Denis Cosnard

Ils étaient nombreux sur les rangs. Le suédois Electrolux. L’italien De’Longhi. Plusieurs industriels chinois. Divers fonds d’investissement, comme BC Partners ou Bain. Au total, une quarantaine d’acquéreurs potentiels avait été contactée. Mais dans la dernière ligne droite, c’est le français Seb qui l’a emporté : le champion du petit électroménager a officialisé, lundi 23 mai, l’achat de WMF, le roi allemand des percolateurs, des couverts chics et des batteries de cuisine.

Seb signe ainsi la plus importante acquisition de son histoire. D’un coup, son chiffre d’affaires va progresser de 22 %, pour atteindre 5,8 milliards d’euros. Le groupe d’Ecully, près de Lyon, deviendra ainsi l’un des tout premiers industriels du secteur au monde. Un pari applaudi en Bourse : le titre Seb a bondi de 12% mardi matin et touché un nouveau sommet historique.

« Seb a sans doute payé davantage pour éviter qu’un concurrent asiatique [...] ne vienne l’embêter en Europe »

Pour dominer les enchères, Seb a pourtant accepté de payer le prix fort. Au total, la transaction atteint 1,7 milliard d’euros, dont 700 millions correspondant à la reprise des dettes financières et sociales de WMF. C’est bien plus que les sommes payées pour récupérer Moulinex à la casse en 2001 ou pour mettre peu à peu la main sur les cuiseurs à riz chinois Supor à partir de 2006.

Le montant offert par Seb représente 1,5 fois les ventes annuelles de WMF, et presque 15 fois son excédent brut d’exploitation de 2015. Des valorisations élevées pour le secteur.

En 2012, lorsque WMF a changé d’actionnaires pour la dernière fois, le groupe allemand avait été estimé à 600 millions d’euros. A ce stade, le vrai gagnant des enchères n’est donc pas Seb, mais KKR, l’actuel propriétaire de WMF. En quatre ans, la firme d’investissement américaine a plus que doublé la valeur de sa participation !

« Raison défensive »

« Au-delà de l’intérêt de WMF, Seb a sans doute payé davantage pour une raison défensive, pour éviter qu’un concurrent asiatique n’achète l’affaire et ne vienne l’embêter en Europe », suppute l’analyste Arnaud Cadart, de CM-CIC.

Seb pourra-t-il rentabiliser son investissement ? Thierry de la Tour d’Artaise, le PDG, en est persuadé. L’acquisition de cette « magnifique entreprise » va permettre au groupe d’améliorer son bénéfice net par action « dès la première année pleine », assure-t-il.

WMF est une de ces maisons allemandes qui ont traversé le temps et les épreuves. Fondée en 1853 à Geislingen, une petite ville du Bade-Wurtemberg, WMF (Württembergische Metallwarenfabrik) a longtemps été connue pour ses couverts en argent et ses articles de style Art nouveau exportés dans le monde entier. L’entreprise, restée pendant cent ans aux mains des fondateurs et de leurs descendants, a eu recours pendant la seconde guerre mondiale au travail forcé, avec du personnel venu de camps de concentration. Ce sombre épisode n’a pas empêché WMF de prospérer après guerre, employant 3000 personnes dans les années 1950, et 6000 au milieu des années 1960. Elle en compte 5700 aujourd’hui.

« L’endettement a fondu »

Pour Seb, l’acquisition de ce fleuron germanique et de ses huit usines a double intérêt. Il lui permet d’abord de s’imposer en Allemagne, un marché important sur lequel le groupe restait un peu faible. WMF y réalise la moitié de son chiffre d’affaires. Grâce à cet apport, Seb va y devenir le numéro un des poêles et casseroles. Il sera également très présent dans les autres ustensiles et accessoires de cuisine, couverts, spatules, etc., surtout après l’achat annoncé le 18 mai d’une autre marque allemande de plus petite taille, EMSA.

L’opération fait ensuite entrer Seb dans un métier totalement nouveau, celui du matériel pour les professionnels de la restauration et de l’hôtellerie. Jusqu’à présent, le groupe ne vendait qu’aux particuliers. WMF lui apporte sur un plateau une position de leader mondial des percolateurs et autres équipements pour les cafés, loin devant les suisses Franke et Thermoplan. « C’est un marché très attractif qui se caractérise par une forte croissance, une rentabilité élevée, et des revenus réguliers du fait de la part des activités de service », se réjouit-on au siège d’Ecully.

« Cette transaction intervient au bon moment pour Seb, commente une analyste. Le groupe est en forme, il n’a pas d’autre grand chantier en cours, son endettement a fondu et les taux d’intérêt sont au plus bas. » Seb a d’ailleurs choisi de financer toute l’opération en s’endettant. Sa dette représentera près de 3 fois l’excédent brut d’exploitation. « Cela va les empêcher pendant quelques années d’effectuer d’autres achats, comme celui de Braun dont Procter avait un temps évoqué la cession », note un analyste. L’offensive américaine dans le rasage attendra. Priorité au café et à la cuisine.

Le rouleau compresseur libéral

Les patrons s’en remettent à la finance, mais pour les entreprises non cotées, les investisseurs exigent du 25 %. Pour se sauver individuellement, chacun concourt au malheur de tous… Car comment atteindre cette rentabilité toujours plus grande qu’exige l’actionnaire ?

Avec l'effet de levier…

Si on place de l’argent et que cet argent rapporte plus que le coût sur lequel on l’a emprunté, ça accroit la rentabilité des capitaux propres ? En s’endettant, on réussit à compenser une rentabilité un peu courte.


Exemple d'un effet de levier : un achat immobilier


A partir de 1995, au Etat Unis, commence la bulle financière sur les actions. Les 15 % sont facilement atteignables dès qu’une spéculation se déclenche sur plusieurs titres, alors on crée des bulles et les entreprises jouent au Casino.


Une bulle financière est une hausse excessive et artificielle du prix d’un actif sur un marché. La hausse des prix se nourrit d’elle-même : la hausse initiale d’un cours attire de nouveaux investisseurs qui anticipent des hausses futures. Le niveau de prix d'échanges est alors excessif par rapport à la valeur financière des actifs échangés.


Une bulle est liée à la combinaison de plusieurs facteurs :

  • des conditions macroéconomiques qui apparaissent comme favorables et durables (croissance potentielle, forte productivité…)

  • une expansion des crédits à faible taux d’intérêt

  • le jeu de croyances des acheteurs, qui anticipent une hausse des prix et misent sur la plus-value des reventes.

Dans ce contexte, les investisseurs sous-estiment les risques et surestiment les rendements attendus.


La bulle financière est une hausse « irraisonnée » et déconnectée de l’état de l’économie réelle, et est majoritairement suivie d’un retournement et d’une chute brutale des prix. Ce revirement peut s’accompagner d’une crise financière.


Telle fut la crise de 2008. Pour éviter le chaos, les états ont renfloué le monde de la Finance, des centaines de milliards de $ sont allés soutenir les principaux responsables de la catastrophe et cette crise a dévasté l’économie réelle.

La finance est repartie de plus belle, peut-être pour alimenter la prochaine bulle… Libéralisme, mondialisation et finance ont accouché d’une créature que nul ne maîtrise plus. On veut de la rentabilité immédiate au détriment de la rentabilité future, on va dans un mur ; on tue le futur de l’économie, on fait des actes anti-économie. Nous pourrions nous demander si les chefs d’entreprise n’auraient pas assez résisté à cette pression des marchés, s'ils n'ont pas eu le courage de dire aux marchés : « foutez-moi la paix : 15 % ce n’est pas raisonnable ».

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