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La reconnaissance

Présente dans les trois domaines de notre vie, la reconnaissance est un désir humain[25]. Au niveau de la vie privée, nous pouvons parler de famille, d’amour, d’amitié, pour ce qui concerne notre vie publique, nous parlerons alors d’égalité et de respect, enfin, dans la vie professionnelle, il s’agit du sentiment que notre contribution et nos valeurs sont prises en compte.

Dans le cadre du travail, la reconnaissance collabore à l’accomplissement de soi, ce qui lui confère un rôle primordial dans la conquête de l’identité dans le champ social[26]. Elle est d’ailleurs devenue une des principales composantes de la vie du travail[27]. Reconnaissance individuelle ou collective, quotidienne ou selon des rituels, financière ou symbolique, elle concerne tout autant la personne en tant qu’individu que le travail de la personne et se situe à trois niveaux :

  • Elle est dirigée vers la personne et/ou le collectif de travail et s’exprime en terme de relations. Elle participe alors à la valorisation du salarié/collectif ou à la visibilité du travail ;

  • Elle porte aussi sur la pratique, il s’agit alors de reconnaître le comportement et les compétences de la personne ; elle se traduit aussi par des remerciements pour les efforts accomplis et l’investissement de la personne ;

  • Elle porte de plus sur la qualité du produit final ou l’atteinte de l’objectif. Et là se situe certainement sa forme la plus gratifiante. En effet, il s’agit ici d’un jugement, porté par les pairs ou par la hiérarchie[28]. Ces jugements sont en relation avec le « faire » et non pas avec l’ « être », nous parlons ici :

    • Du jugement d’utilité (technique, économique ou sociale), qui est porté par la hiérarchie, les subordonnés, voire les clients ;

    • Du jugement de beauté qui est, quant à lui, proféré par les membres du collectif, les pairs (beau boulot, bel ouvrage), il témoigne, non seulement de la conformité du travail avec les règles de l’art, mais aussi de son originalité.

En tout état de cause, quelle que soit la forme qu’elle prend, la reconnaissance crée du sens et du lien. Sans reconnaissance, la contribution de la personne passe inaperçue, voire, est déniée par les autres. Ce déni est à la base d’une déstabilisation des repères ayant des conséquences néfastes sur l’identité de la personne[29].

La reconnaissance procède d’une dynamique, et pour expliquer celle-ci, nous devons reprendre le triangle dont nous avons parlé plus haut et nous appuyer sur la contribution de F. Sigaut[30] dans son analyse du lien entre la technique, l’identité et la reconnaissance par autrui.

La dynamique de la reconnaissance

La relation « Ego → Réel → Autrui » devient alors « Souffrance → travail → Reconnaissance »[31].

Triangle de la psychodynamique du travail – D’après C. Dejours

La reconnaissance donne sens à la souffrance générée par la résistance du réel. Car, reconnaître la qualité du travail, c’est reconnaître les efforts, doutes ou déceptions vécus par la personne. « La reconnaissance du travail, voire de l’œuvre, le sujet peut la rapatrier ensuite dans le registre de la construction de son identité. »[32]

Il y a un lien réel entre reconnaissance et construction de l’identité professionnelle. En effet, pour réussir à faire ce qu’il y a à faire, le salarié déjoue bien souvent l’organisation formelle du travail pour faire face à tous les imprévus. Pour cela, il prend des risques, il met en œuvre son intelligence, son expérience. Pour cela aussi, il attend une reconnaissance de la part de l’organisation, reconnaissance non seulement matérielle, mais symbolique, il s’agit de cette reconnaissance qui « reconnaît » qu’on « y met du sien » et qu’on a mis son « cœur à l’ouvrage ». Mettre son cœur à l’ouvrage ne se paie pas, mais se reconnaît.

Non reconnaissance : crise d’identité

L’aliénation est une crise d’identité, due à la non reconnaissance (rupture des liens) entre Ego, Réel et Autrui. Cette aliénation peut se situer à trois niveaux, selon où se situe cette coupure[33].

  • Lorsque nous sommes séparé du réel et que nous ne recevons aucune reconnaissance d’autrui, nous nous retrouvons en situation de solitude pouvant mener à la folie. Nous sommes en situation d’aliénation mentale.

  • L’aliénation culturelle intervient lorsque nous perdons tout lien avec le réel tout en gardant celui avec l’autre.

    • Pour faire simple, Ego et Autrui se reconnaissent mutuellement, mais ont perdu tout lien avec le Réel. Il s’agit ici de la situation de certaines communautés, de sectes, voire d’organisations ayant perdu tout contact avec la réalité.

  • La troisième forme est l’aliénation sociale, qui correspond à la rupture du lien entre Ego et Autrui, tout en gardant celui entre Ego et Réel.

Il s’agit d’une situation bien délicate, car nous ne savons plus si notre lien avec le réel est correct, suite à cet isolement des autres. Nous parlons alors d’aliénation sociale et il s’agit d’une situation fréquente dans le milieu du travail.

Cette situation ne peut perdurer sans engendrer des conséquences délétères. Soit elle va nous faire douter de nous-même ou, au contraire nous mener vers la mégalomanie si nous maintenons nos convictions. Il s’agit ici de deux situations dangereuses pour notre équilibre identitaire[34].

La reconnaissance donne sens à ce que nous faisons, Marc Loriol[35] précise d’ailleurs que « ce désir de reconnaissance peut être vu comme le corollaire, dans de nombreuses activités, d’un sentiment de perte de sens du travail ».

Les trois formes d’aliénations – D’après F. Sigaut

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