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Les psychopathes en cravates

  • 26 oct. 2016
  • 8 min de lecture

« Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais et surtout puissiez-vous ne rien comprendre à ce que je vous raconte de manière à ce que, quoi que vous pensiez, quoi que vous disiez, ou quoi que vous fassiez, je puisse toujours avoir raison. »


Avant de parler de psychopathe, pervers narcissique, sociopathe… Il serait peut-être intéressant de commencer par définir tous ces termes… Au premier abord, ils semblent être synonymes, mais le sont-ils vraiment ?

A rechercher les différences, j’y perd ce qu’il me reste de latin… Pour certains, ces termes sont « plus ou moins » synonymes, pour d’autres, ils ont chacun des spécificités…

Quoi qu’il en soit, et quelle que soit le terme employé, il faut s’en méfier… Ils sont dangereux et sont dans l’entreprise.


Essayons de les distinguer…

Ce que je retiens de mes lectures : le résultat est sensiblement le même, dès qu’on les reconnaît, il vaut mieux se méfier, et ce, quelle que soit l’appellation qu’on lui donne.

Historiquement parlant, le terme psychopathe est apparu le premier, au XIXè siècle. Le terme de sociopathe, lui, est introduit au début du XXè siècle par un neuropsychiatre allemand, afin de préciser l’origine sociale. Le sociopathe aurait donc une incapacité à adhérer aux normes sociales. Le résultat étant le même, les deux termes peuvent différencier l’origine du mal, côté biologique / psychique / génétique pour le psychopathe, et social / environnemental pour le sociopathe… Mais bon, ce n’est pas forcément la règle, plutôt une tendance. Eternel débat entre l’inné et l’acquit !

Maintenant, voyons voir ce qu’il en est du pervers narcissique. Terme introduit par Paul-Claude Racamier[1]. La perversion narcissique est « une organisation durable caractérisée par la capacité à se mettre à l’abri des conflits internes, et en particulier du deuil, en se faisant valoir au détriment d’un objet manipulé comme un ustensile ou un faire-valoir ».


Il y a-t-il une différence descriptive entre les trois ?
Les deux « pathes » et le PN (pervers narcissique) ont pas mal de traits communs, allant du manque de remords, d’empathie, de culpabilité envers les victimes, ils peuvent aussi être violent. Ils sont fourbes et manipulateurs.

Par contre, le PN serait moins stable que le « pathe » dans ses impulsions, il agit par compulsion et a moins de patience. Le « pathe » se laisse moins emporter. L’origine de la perversion pourrait résulter d’une atteinte cérébrale ou de sévices subis pendant l’enfance.
Bien, pour des raisons de simplicité, vues que les définitions ne sont pas simples en elles-mêmes, nous allons employer le terme de psychopathe pour la suite… Mais, il peut s’agir du pervers narcissique… A vous de voir !

Qui est-il ?
Il plait au premier abord… Il peut prendre sans aucune difficulté des décisions « délicates », donc, il plait au Grand Patron… Et pourquoi prend-il si facilement les décisions « délicates » ? Il est tout simplement incapable de ressentir les émotions – des autres – mais il peut les feindre ! Le champion du faux-semblant. Il excelle dans le monde de la finance, en politique, dans le « business ». Il est observateur, intelligent, il sait simuler mieux que personne…

Question à se poser : sans ce type de personnage, le monde financier aurait-il conduit à la crise économique que nous avons connue en 2008 ?

Le Docteur John Clarke[2] nous informe qu’il « a la capacité d’isoler et de détruire mentalement le personnel qui l’entoure (…) Le psychopathe au travail est quelqu'un qui détruit psychologiquement les personnes avec lesquelles il travaille afin de satisfaire son besoin de pouvoir, de contrôle et de domination sur d'autres personnes (...) Il ne souffre d'aucune culpabilité ou d'aucun remords, en fait, il jouit de la souffrance d'autrui »


Quel est son comportement ?
Il va séduire

Il est charmant et donne une bonne impression à la première rencontre, n’oublions pas qu’il a du charisme… On a vraiment envie de travailler avec lui… Il est flatteur, il met en confiance au point d’en arriver à se confier à lui, et, il va trouver les points vulnérables. Sa grandiloquence lui donne l’impression d’avoir confiance en lui.

Il veut tout maîtriser

il va surveiller, faire tout ce qui est en son pouvoir pour barrer les routes, il va vouloir tout approuver, même les décisions mineures. Puis, il va rabaisser ses collègues ou collaborateurs à un moment ou à un autre, devant d'autres collègues afin de démolir toute la crédibilité, sans oublier qu’il est le champion des rumeurs ! Au début, c'est à ne rien y comprendre, il est subtil dans ce qu’il fait, et nous ignorons ce qui se passe. Il va aller jusqu’à retenir les informations dont nous avons besoin pour nos activités, et pour cela, il est aussi le champion… Pour mieux nous reprocher par la suite de ne pas avoir fait ce qu’il y avait à faire ! Nous allons très vite nous retrouver isolés…

Il est narcissique

La seule émotion qui l’anime est dirigée vers lui-même, roi de l’égocentrisme, il ramène tout à lui et sait très bien se faire passer pour victime ! Tout signe de compatissance de sa part est feint et est utilisé pour exploiter l’autre. Le piège va se refermer un jour ou l’autre, et là, il sera difficile, voire même trop tard de se débarrasser de son emprise, il est très fort pour nous faire passer pour « le méchant ».

Il est égocentrique, trompeur, manipulateur… et arrogant

C’est lui le centre de l’équipe, les autres ne sont que de simples auxiliaires. Il n’éprouve pas de culpabilité et il ment. Il va éviter toute responsabilité et détourner les erreurs sur les autres, par contre, il s’attribue tout objectif mené à bien… Il va prendre des risques, accepter des objectifs irréalisables et stresser son équipe pour atteindre le résultat.


Les signes pour le repérer concrètement (avant qu’il ne soit trop tard) ?

  1. Il répond très souvent de façon imprécise

  2. Son comportement, ses opinions, ses sentiments sont différents selon les situations et les personnes

  3. Il dévalorise et juge « en toute innocence », et remet en cause les qualités et compétences de ses collaborateurs, peut même attaquer leur personnalité

  4. Il excelle dans l’art du « diviser et apeurer pour mieux régner »

  5. Il esquive les entretiens, s’échappe des réunions, prétextant toujours un rendez-vous de dernière minute ou des tonnes de travail urgent

  6. Il met en avant sa supériorité, en faisant croire à l’ignorance des autres

  7. Il humilie en public

  8. Grand praticien de la douche écossaise : il félicite puis accable, dit une chose puis son contraire

  9. Il demande l'impossible


Passer à l'action

Selon le Dr Clarke[3] il est mieux d’éviter le combat frontal car il maîtrise mieux que nous le mensonge, la tricherie, le vol ou l’intimidation. Dès que nous allons réaliser que nous avons affaire à un psychopathe, nous allons traverser plusieurs étapes :

Etape 1 : Le choc (pourquoi cela m’arrive à moi ?)

Etape 2 : Colère

Etape 3 : Honte, embarras

Etape 4 : Sentiment de devenir fou. Perte massive de confiance

Etape 5 : Retrait social, problèmes de rapport avec les autres (au travail et à la maison). Obsession de la situation…

Toujours selon le Dr Clark, « Il faut agir quand vous êtes encore dans l’étape 1 ou 2 pour enrayer les conséquences les plus graves. Quand vous serez encore dans les étapes du choc et de la colère, il sera encore temps d’agir, mais quand vous entrerez dans l’étape de la honte et de l’embarras, il sera beaucoup plus difficile de le contrer »




Comment s’en protéger ?


Ne surtout pas rentrer dans son jeu en répondant aux défis qu’il lance, car c’est sa façon de rabaisser et rester éloigné de lui le plus possible, éviter toute rencontre hors du lieu de travail. En rester au strict minimum professionnel.


Attention aux flatteries et aux éloges répétées, car elles signalent que la manipulation n’est pas loin... Tant pis s’il vous trouve hostile… Ne répondre qu’avec un sourire rapide.


S’informer sur la psychopathie et autres. Il faut connaître celui ou celle contre qui on se défend. Attention, il peut y avoir des séquelles psychologiques, bien en prendre conscience surtout… Agir étape par étape pour se protéger.


Rester proche des collègues, essayer de savoir s’ils rencontrent des problèmes eux-aussi… Discrètement surtout ! Il a des espions… Bien s’assurer que les collègues connaissent notre vécu dans l’entreprise, le travail effectué avant l’arrivée de notre homme (ou femme), cela rendra plus difficile le travail de sape qu’il va entreprendre.


Il n’y a aucune raison d’avoir honte, ne pas hésiter à se faire aider (Hé oui, c’est la victime qui doit se faire soigner, pas le malade !) En dernier recours, partir si cela s’avère nécessaire (supposons que l’entreprise ne nous soutienne pas), et ne pas le faire trop tard pour partir dans de bonnes conditions et avant d’être malade

Comment le contrer ?

Vu qu’il apprécie le flou… Il paraît évident de commencer par lui demander de préciser ses pensées, de toujours confirmer les entretiens (éviter d’être seul avec lui) par les mails résumant ceux-ci. Toujours rester dans le concret et le factuel !


A chaque contradiction, ne pas hésiter à le remettre en place, en « jouant » celui qui n’a pas compris « Tout à l’heure tu me disais… et maintenant tu me dis… Peut-être n’ai-je pas compris ? »

Attention à ne garder en tête que sa propre opinion concernant les collègues, il va essayer de les dévaloriser, ne pas hésiter à lui demander pourquoi il parle en mal de untel, ce que cela lui rapporte… Profiter de ses absences pour essayer de faire du ménage, de parler avec les collègues, rétablir une ambiance saine dans l’équipe…


Lancer des petites remarques lorsqu’il s’échappe des réunions, lui envoyer des courriels si nécessaires, nous savons qu’il aime s’échapper des réunions… Lui faire remarquer que ce comportement n’est pas acceptable.


Si vous l’avez identifié, mais uniquement s’il ne s’en prend pas à vous, essayez de le déstabiliser en rentrant dans son jeu… N’acceptez aucune insulte ou tentative d’humiliation. Il pourra être surpris d’avoir à faire face à une personne ayant de l’aplomb et qui le repousse dans ses retranchements. Attention toutefois d’être en présence de témoins et d’éviter les têtes à têtes…


Ne rentrez jamais dans le terrain émotionnel, gardez votre sang-froid, ramenez toujours les échanges sur le plan professionnel. Il est en effet impératif de pouvoir gérer ses émotions, garder son calme ; de toute façon, il est incapable de faire montre d’empathie. Il peut comprendre votre langage corporel, il va copier votre style pour se rapprocher de vous afin de mieux pouvoir vous envoyer ses salves… Mais, il ne peut pas lire dans les pensées… S’il a compris vos émotions, il est certain qu’il va les utiliser pour agir contre vous, et ce, de façon « très très très » subtile… Le salarié incompétent, celui qui a des problèmes, ce sera vous !


Surtout ne pas oublier qu’il va vous repousser dans vos retranchements si vous résistez à ses attaques… N’oubliez pas que ces promesses sont fausses, ses menaces ne sont pas forcément réelles, ce qu’il veut : que vous réagissiez.

Alors, pour pourrir la vie, il est doué… Cupide, manipulateur, impitoyable, il va écraser les autres pour grimper les échelons dans l’entreprise… Et pourtant, le patron l’adore !!! Et oui, il réussit bien dans les affaires. On peut dire, hélas, que ses symptômes s’apparentent à des qualités valorisées dans les entreprises « modernes » … Vous me direz qu’un « business man » peut être menteur et quelque peu manipulateur dans être un psychopathe… Il est vrai… Il est vrai aussi qu’on peut avoir tendance à en voir un peu partout… Mais, en accord avec P. Badiak[4], « il vaut mieux savoir les reconnaître quand il y en a un près de vous ».

[1] Paul-Claude Racamier ; « Entre agonie psychique, déni psychotique et perversion narcissique » ; Revue française de psychanalyse ; vol. 50 ; n° 5 ; pp. 1299-1309

[2] Dr John Clarke ; Working with monster – How to identify and protect yourself from the workplace psychopath ; Random House Australia Pti Ltd ; 2005

[3] ibid

[4] Dr Paul Babiak, Dr Robert D. Hare, Snakes in Suits - When Psychopaths Go to Work, Harper Collins, 2007, USA



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