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RPS à Maurice : Enquête auprès des RRH d'un groupe hôtelier - Résultats (3)

  • 19 oct. 2016
  • 7 min de lecture

La non-reconnaissance des RPS vient-il d’un manque de formation et/ou de conscientisation ?

La question posée était : « Selon vous, existe-t-il une prise de conscience des RPS, dans le groupe, ou au niveau du pays ? ». Les raisons invoquées sont diverses et variées, avec toutefois certaines qui reviennent dans tous les discours.

Manque de formation, pas de prise de conscience

Afin de prendre en compte ces risques, encore faut-il en avoir conscience, et, pour en avoir conscience, encore faut-il les connaître, donc être sensibilisé. Nous pourrions résumer ainsi cette raison évoquée de la non-reconnaissance des RPS. Celle-ci est, de loin, la plus évoquée par les HR rencontrés.

« Il faut commencer à les comprendre, à les voir… » « Je pense que le système n’est pas encore prêt pour identifier les RPS, pourquoi ? Parce que nous n’avons pas été éduqués dessus. » « Par ignorance, nous n’avons assez d’awareness[1] sur les RPS, on doit conscientiser les gens. » « Rien n’a été fait pour que la masse des salariés puisse prendre conscience de ces risques, ils n’ont pas été expliqués. » « On n’en est pas conscient… » « Je ne sais pas pourquoi on n’en parle pas. Ils ne font pas vraiment attention, ils sont axés sur les résultats sans pour autant faire attention aux ressources que nous avons et tout ce qu’il peut y avoir comme effets dévastateurs sur la personne. » « Les gens qui ne comprennent pas vont se fiche de toi, mais quand tu vas t’asseoir et expliquer, ils vont réfléchir… » « Je ne pense pas que les ressources humaines à Maurice ont une idée de ce que représentent les RPS, moi même, c’est à travers toi que j’ai commencé à prendre conscience. » « C’est vrai qu’on ne réalise pas »

D’ailleurs, eux-mêmes ont fait des remarques montrant une prise de conscience personnelle, et ce, de façon spontanée.

« Je ne savais pas, mais ça fait partie de la vie de tous les jours, c’est devant nous là ! Tu m’as fait ouvrir les yeux, reconnaître des aspects qui font parti du travail et ça mérite de faire plus de recherches dessus » « Tout ce que tu me dis, je le vois tout le temps, je pense que c’est du sérieux. » « Je n’y avais jamais pensé, vu sous cet angle. C’a te fait réfléchir, on ne voit que l’écorce de l’arbre… » « Franchement, ça fout les jetons, car très souvent, on ne fait pas attention à tout ça, on est dans les opérations, on a un objectif, et on se focalise dessus. » « Prendre conscience de ces risques là, je ne m’attendais pas à ce que tu ailles me parler de ça. Là franchement, j’ai appris des trucs. »

Manque d’implication des autorités

Cet item arrive en deuxième position parmi les raisons invoquées. Il tendrait à confirmer des points de vues ressortis à la suite des entretiens menés avec certains acteurs de la vie professionnelle et publique mauricienne.

« Ils veulent montrer une image parfaite, presque parfaite, tu vois ? Tu vois, c’est en dessous, c’est très caché… » « A Maurice, la situation est vraiment cachée et on essaie toujours de véhiculer cette image de Maurice où tout est correct, tout est rose, tout va bien. » « Le premier ministre, il ne voit pas que ça dégénère ? Et ce n’est pas que dans la force policière ! C’est même dans la fonction publique, dans le privé, mais il y a des trucs qui ne sont pas dit officiellement. » « Selon moi, ça dépend des cas, la prise de conscience surgit quand il y a un cas qui est ébruité quelque part. je pense que quelque part, à la tête, il y a, mais est-ce qu’il y a une véritable prise de conscience, ça dépend des situations du moment. » « Les autorités mauriciennes sont conscientes, mais tant qu’il n’y aura pas ‘50’ suicides, elles ne feront rien. Si c’est pas alarmant, on laisse »

Manque d’implication du management

Cet item, avec 12 récurrences, arrive en troisième position et montre du doigt la prédominance du « système technique » sur le « système social », oubliant que l’entreprise est certes un système technique, mais aussi un système humain. Certaines remarques font aussi référence, discrètement, à une certaine fixation des dirigeants sur les seuls résultats financiers, faisant fi des conséquences sur les employés. D’ailleurs, Hélène Henri[2], dans un article sur le Journal du Net nous indique que « pour mieux comprendre l’origine même des risques psychosociaux au travail, il peut être utile de s’interroger, en amont, sur les causes profondes d’un mauvais management. Parmi celles-ci, la financiarisation outrancière des stratégies d’entreprise figure en bonne place. Que les logiques financières et « court-termistes » se télescopent fréquemment avec les enjeux humains du management est un fait établi qu’il serait difficile de réfuter scientifiquement ou ne serait-ce que moralement » [3].

« Les décideurs, oui, ceux qui travaillent sur les stratégies, ils en sont conscients, mais ils savent qu’ils ne peuvent pas utiliser dans leur travail, pour les raisons que je viens d’expliquer[4] » « De l’autre côté, je connais des gens, ils sont là pour avoir des résultats, le côté des gens, ça ne les intéressent pas. Je pense que tout démarre depuis la direction. Mais ce sera bien difficile. » « Parce que pour eux, ce n’est pas important, il y a d’autres choses plus importantes que ça. Ils ne voient que l’écorce du bois, ils ne s’intéressent qu’à ce qui se voit, et c’est seulement l’écorce. Si tu vas plus loin, tu n’es pas bon, parce que tu coûtes cher à l’entreprise. » « Pour moi, c’est que tu n’as pas envie d’entendre. C’est impossible que tu ne vois pas ça. » « Je ne pense pas, il ne va pas y voir son intérêt. » « Un monsieur très intelligent qui a pris connaissance de tous ces RPS, et qui se sert de ça pour nous faire travailler plus… » « Mais il faut l’input du CEO pour que ce projet puisse se faire. » « Je pense que les employeurs, les compagnies à Maurice ne croient pas dedans, qu’ils ignorent. »

Culture

Les raisons culturelles ne sont pas en reste, elles ont été mentionnées à huit reprises. Apparaissent ici les phénomènes de colonisation, de mentalité, de soumission et de ne pas dire les choses, sans oublier qu’il faut faire venir les investisseurs à Maurice et donc, projeter l’image qui les fera venir.

« Il y a encore le respect de la hiérarchie de la personne, on est un pays colonisé, on n’aime pas la confrontation, il y a toute une culture de changement qui n’existe pas ici. » « Il y a beaucoup de trucs là qu’on ne voit pas, c’est aussi maquillé des fois… on a ces trucs là, mais c’est caché, les gens ne projettent pas. » « Et, de service à servitude… Avec l’histoire du pays… Ce n’est pas très loin… Avec la soumission aux blancs… » « Mais peut être qu’il y certains paramètres qui disent que ‘tu dois dire ça et tu ne dois pas dire ça’. » « Et puis, il y a les investisseurs aussi, on a cette façon de penser que tout est correct, et que ce qui n’est pas bien, ben on va cacher. Et à force de cacher, ben on se cache à nous même finalement. » « Les gens savent, mais font semblant de ne pas savoir. C’est pour cela que lorsqu’une personne, qui sait de quoi elle parle, et lorsque l’autre personne, qui elle, fait semblant de ne pas savoir, elle fait croire que toi, tu dis n’importe quoi. »

Coût, réorganisation du travail et manque de structures à Maurice

Ces trois sources de non reconnaissance apparaissent nettement moins.

Au niveau des coûts, les personnes ont tout autant mentionné les coûts de mise en œuvre d’une politique de prévention que le fait qu’une personne informée coûterait plus cher à l’entreprise, sans oublier une remarque concernant la focalisation sur le résultat financier.

« Mais, peut être il y a aussi une question de coût, c’est plus bon marché d’avoir un staff qui ne comprend rien mais qui travaille comme des bourriques, comme des robots… » « Mais on ne prend pas en compte cette base là, on ne considère que la partie superficielle… A cause du résultat, résultat, résultat, daily cost[5] ! » « Et aussi que ça a un coût pour l’organisation. »

Quelques remarques ont été faites sur l’organisation du travail, laissant à penser que certains HR reconnaissent ici une des causes racines, mais ils ne représentent pas la majorité…

« Et puis, il faut réorganiser le travail… » « Au niveau de l’organisation du travail : il y a le travail qui doit être fait. Il faut trouver une façon pour améliorer. »


Les remarques concernant le manque de structures à Maurice sont elles aussi peu nombreuses, mais très à propos.

« Il n’y a de structure ici pour identifier ces risques, pas de personnes formées. » « Il n’y a pas de personnel au ministère du travail qui est formé pour donner cette information là. »

Il n’y a pas, en effet, de médecine du travail en tant que nous l’entendons en France, les inspecteurs du travail ne sont pas formés, et notre entretien avec l’un d’entre eux nous l’a démontré tout autant que l’entretien avec l’organisation patronale mauricienne qui indique que « à Maurice, on n’a pas l’encadrement qu’il faut. Déjà, en France, il y a une médecine du travail, une structure, à Maurice, il n’y a pas, on n’a même pas assez de médecins du travail, on parle de faire du ‘medical surveillance’, mais on n’a pas les moyens de nos ambitions. »

Nous avions émis l’hypothèse que la non-reconnaissance des RPS venait d’un manque de conscientisation et de formation. Il est vrai que cette raison arrive – et de loin – en premier, mais elle n’est pas la seule. Les résultats de notre analyse nous montrent qu’il est fait mention d’un manque d’implication des autorités et du management des entreprises. Ce manque d’implication veut-il dire qu’on ne s’y intéresse pas parce qu’on ne connaît pas ? Cela aurait pu être une éventualité. Pourtant, avec l’analyse des discours, nous remarquons que la perception des HR est tout autre. D’un côté, ils parlent d’un désintérêt « intéressé », puisque le management se focalise sur la performance financière, et d’un autre côté, ils ressentent que les autorités sont, elles, focalisées sur une image de Maurice « parfaite » et qu’elles auraient tendance à cacher le phénomène.


[1] Conscience

[2] Consultante CHSCT, chroniqueuse dans Le Journal du Net

[3] Henri, H. ; « Stratégies financières et risques psychosociaux en entreprise » ; Le Journal du Net ; 2013 ;

[4] La personne parlait alors de réduction des coûts, de stratégies budgétaires et d’atteinte des résultats financiers

[5] Coût journalier

 
 
 

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