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DEFINITION DU TRAVAIL

Définition du travail

Afin de définir ce qu’est le travail, nous allons repartir du regard clinique de Christophe Dejours. Le travail est surtout un « ensemble de savoir-faire, de gestes, un engagement du corps et de l’esprit, une mobilisation de l’intelligence, la capacité de réfléchir, interpréter et réagir à des situations, sentir, penser, inventer… » [1]. Ce raisonnement, pour nous donner la définition du travail, part de la définition de la technique[2]. Ce bref retour à la technique, telle que définie par Mauss, nous servira de grille de compréhension et d’analyse du travail.

L’acte technique

Marcel Mauss a défini la technique, comme un « acte traditionnel efficace »[3]. Il considère aussi qu’il n’y a ni technique ni transmission de celle-ci s’il n’y a pas de tradition, c’est ce en quoi d’ailleurs l’homme se différencie de l’animal. Il précise même que le premier instrument technique de l’homme est tout simplement son corps. Les actes techniques de l’individu (même les actes simples, comme le fait de boire par exemple), ne sont pas de son simple fait, mais de son éducation, du fait de la société dont il fait partie et de la place qu’il y occupe.

La technique met en interaction l’homme (égo) avec son environnement de travail (réel). Mais, il n’y a pas uniquement que des interactions entre l’homme et son environnement, il en existe aussi entre les hommes eux-mêmes (autrui) ; nous parlons de leadership, motivation, gratification, pouvoir, jugement et, tout jugement a un rapport avec l’objet du travail, donc le réel.

A travers son acte, l’homme agit sur le monde et il ne peut le faire qu’au travers d’un instrument (outil, machine, ordinateur, parler, écrire, etc.). Pour ce faire, il va donc y avoir un apprentissage, afin de s’adapter à l’acte. De plus, pour être compréhensible, l’acte doit être posé par rapport à une tradition (culture du métier, par exemple) et tout acte nouveau sera analysé par rapport à cette même tradition, qu’il contribuera à faire évoluer. La tradition fait donc lien entre le sujet agissant et la communauté professionnelle. Quant à l’efficacité, elle ne veut pas dire grand-chose en soi car elle doit passer par un jugement pour faire sens, celui-ci étant formulé par la communauté des pairs, reliée au sujet agissant à travers la tradition – du métier –. L’acte est efficace (donc légitimé, tout comme l’acteur, par la communauté des pairs), c’est ce qui lui donne sa reconnaissance et le fait entrer dans la tradition.

La technique évolue selon les us et coutumes. Elle transforme non seulement le monde, mais aussi la culture, et, vu qu’elle est en lien direct avec l’humain, elle est évolutive, car il va la transmettre. Elle fait partie de son histoire.

De la technique au travail

Mais, la technique et le travail ne sont pas synonymes[4]. Tout d’abord, il nous faut analyser l’acte – ou l’activité – qui entre en jeu. L’acte – humain – au travail, ce n’est pas la tâche – prescrite. L’activité, c’est ce que fait l’opérateur pour atteindre, du mieux possible, le résultat demandé par la tâche. C’est ce qui différencie la technique du travail ; en effet, la technique n’a pas d’obligation sociale ou de contrainte pour s’exercer, ce qui n’est pas le cas du travail.

De plus, le travail est situé dans un contexte économique, ce qui n’est pas systématiquement le cas de la technique. Enfin, le travail se doit d’être utile car il se situe dans un cadre productif. En fait, le côté traditionnel de la technique doit être relié, dans le cadre du travail, à la coordination des actes. 

Cette coordination ne s’entend pas uniquement sur le plan purement instrumental, mais aussi sur le plan de la compréhension, du sens et des rapports sociaux. Le travail est donc une activité coordonnée utile.

Travailler est aussi du savoir-faire, des gestes, de l’aptitude à réfléchir et à comprendre ; c’est faire face à une tâche encadrée par des contraintes et par du prescrit. Or, qu’est-ce qui caractérise le prescrit ? Tout simplement le fait que si nous le suivons « à la lettre », rien ne va plus ! Si le prescrit se suffisait à lui-même, les machines pourraient très bien faire le travail. Toutes les situations de travail sont remplies de pannes, d’anomalies, d’incidents, d’imprévus pouvant provenir aussi bien des machines, des outils, des collègues que d’incohérences organisationnelles. Il y a donc un écart irréductible entre le travail qui est prescrit et le travail réel, du fait que « les consignes ne peuvent anticiper toutes les situations et leur interprétation constante s'avère indispensable pour la réalisation des tâches quotidiennes »[5].

Le Réel du travail

Réel du travail

Comment cet écart se fait connaître à l’homme ? Par l’échec. L’échec d’une technique, ou d’un savoir-faire, d’une procédure, voire d’une connaissance. Le réel est, en effet, l’expérience de l’impuissance et de la non-maîtrise. Travailler, c’est faire cette expérience qui nous positionne face au réel. Le réel nous demande d’endurer cette expérience de l’échec, avant de trouver la solution qui permettra de le – et nous – dépasser. L’échec est une expérience de l’affect, engendrant d’autres états affectifs tels la surprise, l’irritation, mais aussi la déception voire un sentiment d’incompétence. C’est le fait même d’être habité par cet échec (rêves, insomnies) qui va permettre de trouver LA solution. De cette souffrance naît l’intelligence qui a permis de trouver la solution et par là-même de transformer cette frustration en plaisir et en victoire.

L’activité regroupe donc l’échec du réel et le succès de la maîtrise, et ce, à force d’imagination et d’invention, et bien souvent, en passant outre l’organisation prescrite du travail. En cela, l’activité n’est pas la tâche, cette dernière étant ce qu’il y a à faire et l’activité étant ce qui se fait[6].

Définition du travail

Le travail est donc bien plus qu’une activité coordonnée utile, car il est l’« activité déployée par les hommes et les femmes pour faire face à ce qui, dans une tâche utilitaire, ne peut être obtenu par la stricte exécution de l’organisation prescrite »[7].

Cette définition insiste sur la dimension humaine du travail, car le travail est strictement humain, puisqu’il intervient justement là où la machine est insuffisante. Cette définition nous indique que le prescrit ne suffit jamais, car, comme nous l’avons vu, s’il n’y a que du prescrit, la machine se suffit à elle-même. A chaque nouvelle automatisation sont associées de nouvelles difficultés, non prévisibles et exigeant de nouveaux savoir-faire. Nous ne pouvons plus prétendre, aujourd’hui – en supposant que cela ait pu être conçu à une époque ! – qu’il y ait séparation entre le travail d’exécution et le travail de conception. Car tout travail nécessite la mobilisation de l’intelligence, donc, une partie de conception.

Ce travail de conception, de dépassement de la stricte exécution de l’organisation prescrite, permet à l’homme de se dépasser et d’accéder à des victoires en trouvant des solutions pour faire fonctionner ce qui, justement, ne fonctionne pas comme allant de soi. Lorsque ce dépassement est reconnu – et ce n’est pas toujours le cas, comme nous le verrons – il contribue à la construction de l’identité professionnelle.

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